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L’association des étudiants et des anciens du Master 5234 "Management des Organisations culturelles" (ex DESS-234) de l’Université Paris Dauphine.

Focus sur le Théâtre Eurydice

mardi 1er octobre 2013

Dauphine Culture vous propose de découvrir des projets singuliers impliquant des diplômés de notre master. Pour cette 1ère newsletter, Richard Leteurtre (FC 2011), metteur en scène, ancien directeur du théâtre de Villepreux, nous parle du « Théâtre Eurydice » à Plaisir (78), Etablissement de Services et d’Aide par le Travail (ESAT, ex CAT) dont il est aujourd’hui directeur artistique.

Dauphine Culture : Peux-tu nous présenter le théâtre Eurydice ?

Richard Leteurtre : C’est un établissement médico-social ESAT qui accueille des travailleurs en situation de handicap psychique. L’essentiel du projet est à caractère artistique. Il réunit l’ensemble de la chaîne de production du spectacle vivant : une troupe permanente de comédiens, un ateliers de costumes, décors, une équipe d’accueil et de communication, et de régie. La structure dispose d’un lieu de création (45 places mais avec un grand plateau) et propose une programmation pluridisciplinaire de spectacles professionnels. Créé par un pionnier du théâtre handicap, l’établissement existe depuis 27 ans et représente une expérience unique en son genre. Tous ces services sont prodigués par des travailleurs handicapés, encadrés par des professionnels techniques de chaque secteur. Il y a en moyenne une création par an, et 3 ou 4 spectacles en tournée. Depuis 1995, l’ESAT Eurydice dispose aussi d’un atelier de services aux entreprises, orienté vers l’industrie culturelle : fabrication de pochettes CD, produits dérivés des musée (RMN, Giverny,… )

D. C. : Depuis ton arrivée, tu t’occupes de la direction artistique du lieu et tu mets en scène des spectacles avec la troupe. Tu as monté par exemple Peer Gynt. Quel est ton parti-pris vis à vis du handicap ?

R. L. : J’ai la même exigence qu’avec des comédiens professionnels classiques, même si la direction d’acteurs est plus présente. Il ne faut pas anticiper les problèmes qui seraient liés au handicap et au début, je ne cherchais pas à m’y adapter. Ils y ont été très sensibles car ils aspirent plus que tout à sortir de ce milieu protégé mais stigmatisant. Ceci dit je me suis aperçu assez vite qu’ils étaient particulièrement touchants et efficaces avec leurs différences et que cela pouvait représenter un atout. Par contre, il y a une véritable difficulté à aborder certains thèmes comme le désir qui peuvent s’avérer ravageurs sur le plan psychique. Donc, oui il y a une différence, mais aussi beaucoup de préjugés à combattre et un potentiel à faire exister.

D. C. : Dans quels réseaux ces spectacles tournent-ils ?

R. L. : Ils sont présentés dans notre lieu et vendus pour 70 à 80 % à des associations du secteur médico-social et des festivals “Culture et handicap” ; le reste s’inscrit dans les programmations des théâtres. Mon grand combat est de faire entrer ces créations dans le milieu du théâtre professionnel de façon plus importante. C’est difficile car nous rentrons en concurrence avec tous les autres spectacles présents sur le marché. Imaginez notre création à Avignon au milieu des 1000 propositions présentes ! Certains lieux veulent bien jouer le jeu pourvu que la qualité soit au rendez-vous ! Par contre, il est plus facile de vendre des petites formes aux entreprises dans le cadre de leur sensibilisation au handicap.

D. C. : Les comédiens de l’ESAT sont des professionnels rémunérés. Economiquement, comment ça se passe ?

R. L. : Ils ont une part de revenu, assez faible, liée à l’activité économique du théâtre, un complément du ministère du travail et l’allocation adulte handicapé. Le budget économique de l’ESAT est couvert principalement par l’Agence Régionale pour la Santé, puis le Ministère du Travail. Nous sommes aussi financés par le secteur culturel (Département, Drac, Région, fondations…) mais il nous faut obtenir des recettes propres (environ 30% de notre budget global) constituées pour moitié par l’activité Théâtre et la diffusion de nos spectacles et pour l’autre par les productions des ateliers.

D. C : Parlons de la diffusion des compagnies extérieures. Ce n’est pas anodin pour une équipe de venir jouer à Eurydice…

R. L. : Non ce n’est pas anodin, surtout parce que nous n’avons pas les moyens d’acheter les spectacles. C’est un grand déchirement, mais je travaille pour trouver de l’argent et assurer au moins un minimum garanti. Ceci dit, les compagnies ont besoin de lieux pour créer et de dates pour obtenir les aides institutionnelles… Notre espace, notre équipe technique nous permet de faire un apport en industrie. Nous accompagnons autant que faire se peut les créations de jeunes compagnies, nous proposons des ateliers en collège, en lycée… Et puis, il y a parfois une vraie rencontre artistique avec notre équipe. Enfin, l’aspect lien social, avec de multiples partenariats créés sur le territoire, est aussi fondamental. La diffusion nous permet d’être ouvert sur l’extérieur. Elle nous fait ressembler aux autres lieux de spectacles et apporte du même coup un regard nouveau sur le handicap.

D. C : Quel est le public du théâtre ?

R. L : Il y a des gens du quartier, les scolaires, leurs enseignants, leurs parents… On se singularise par l’aspect « engagement citoyen ». Une partie du public vient aussi des ateliers que je mène et un peu du secteur médico-social. Nos créations diffusées dans notre salle marchent assez bien dans mais les accueils de spectacles sont plus difficiles. On manque encore de fidèles, d’abonnés et 10-12 spectacles par saison est peut-être insuffisant comme offre.

D. C : Notre master t’a-t-il apporté des outils particuliers pour réussir cette mission ?

R. L. : Je n’aurais jamais accepté ce poste si je n’avais pas fait le master, car mon poste de directeur artistique recouvre aussi la direction adjointe de l’ESAT et dans 6 mois la direction complète avec toutes les questions de direction du personnel, recherche de ventes, gestion de la structure sans oublier les aspects liés aux handicap psychique… Le master m’a donné les outils pour prendre de la hauteur et envisager la stratégie globale de l’établissement. Par mes expériences passées, j’avais déjà tous les éléments, mais la formation m’a permis de les organiser et de me sentir légitime. C’est un poste très séduisant et cela m’a permis de faire la synthèse avec mes débuts professionnels : avant de découvrir le théâtre, j’ai été éducateur spécialisé en psychiatrie.

Propos recueillis par Denis Moreau (FC 2012)

Site internet du Théâtre Eurydice

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Association des étudiants et des anciens du Master 2 professionnel 5234 "Management des Organisations Culturelles" de l’Université Paris Dauphine.
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